Le tribunal supérieur du comté de Suffolk est devenu cette semaine le théâtre d’un contentieux très observé concernant la régulation des marchés de prédiction liés aux sports. Les autorités du Massachusetts ont demandé à la cour d’empêcher Kalshi de proposer des contrats sur des événements sportifs aux résidents de l’État, affirmant que les activités de l’entreprise s’apparentent davantage à des paris sportifs non autorisés qu’à du trading financier.
Cette affaire intervient alors que les États-Unis continuent de débattre de la frontière entre les marchés de prédiction et le jeu d’argent traditionnel. Le juge Christopher Barry-Smith s’est montré sceptique quant aux arguments des deux parties, soulignant la complexité de définir clairement les activités de Kalshi : « À quel moment un contrat sur un événement sportif devient-il un pari ? », a-t-il demandé, reflétant une question centrale pour de nombreux régulateurs.
Kalshi, basée à New York, a longtemps défendu son modèle d’affaires, le qualifiant de marché de prédiction légitime, conforme aux normes de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). La société propose des contrats basés sur le résultat d’événements futurs, tels que des résultats électoraux ou économiques, et récemment, des événements sportifs. Selon Kalshi, ces contrats offrent un moyen d’investissement et d’analyse du risque, similaires aux futures et options traditionnels des marchés financiers.
Toutefois, le Massachusetts soutient que les contrats liés aux sports proposés par Kalshi ne correspondent pas à l’esprit de la réglementation actuelle. Pour les régulateurs, la distinction entre les prédictions de marché et le jeu d’argent doit être claire, surtout dans un cadre où les paris sportifs sont rigoureusement encadrés. « Il est primordial que les activités de prédiction ne deviennent pas un subterfuge pour contourner la législation sur les paris sportifs », ont-ils fait remarquer dans une déclaration antérieure.
Le débat sur la nature des marchés de prédiction reflète une tension plus large dans l’industrie du jeu et des investissements. Depuis la légalisation accrue des paris sportifs en 2018 suite à la décision de la Cour suprême des États-Unis, les entreprises cherchent à se positionner sur ce marché lucratif tout en naviguant dans un paysage réglementaire en évolution. Les États, quant à eux, sont pris entre l’encouragement de l’innovation technologique et la protection des consommateurs contre les pièges du jeu irresponsable.
Kalshi n’est pas la seule entreprise à se retrouver dans le viseur des régulateurs. En 2024, un cas similaire a été porté contre PredictIt, une plateforme de marché de prédiction politique, bien que celle-ci ait finalement reçu une clarification favorable de la CFTC. Toutefois, les enjeux autour des événements sportifs sont souvent considérés sous un angle différent, en raison de la popularité croissante des paris sportifs et des importantes sommes d’argent en jeu.
Certains experts du secteur soutiennent que les marchés de prédiction comme ceux de Kalshi représentent un nouveau moyen d’interprétation des données, potentiellement utile pour les analystes et les investisseurs. « En fin de compte, ces contrats pourraient fournir des indicateurs précieux sur la perception du public et les probabilités des événements », soulignent-ils, en insistant sur l’apport en termes de big data.
D’autres, cependant, trouvent cette perspective trop optimiste, suggérant que la nature spéculative des contrats événementiels sportifs pourrait exposer les participants à des risques financiers significatifs. Ils mettent en garde contre l’illusion de sécurité que pourrait offrir un emballage de « marché financier » à ce qui demeure essentiellement une forme de pari.
Le résultat de l’affaire Kalshi pourrait avoir des répercussions importantes sur la manière dont les marchés de prédiction sont perçus et réglementés aux États-Unis. Alors que l’industrie du divertissement sportif continue de croître, les régulateurs seront amenés à décider comment équilibrer l’innovation technologique avec la nécessité de protéger les consommateurs et de garantir l’intégrité du marché.
La décision du tribunal de Boston est attendue avec impatience, car elle pourrait non seulement définir le sort de Kalshi, mais aussi tracer une voie pour d’autres entreprises souhaitant exploiter des modèles similaires. Une chose est sûre : dans ce domaine en constante évolution, le jeu des définitions et des régulations reste ouvert.

Mathieu travaille dans l’industrie du iGaming depuis plus de 6 ans en tant que rédacteur et manager, principalement sur les marchés francophones.
